Intégrale de l'oeuvre pour orgue de Duruflé : de l'introspection à la lumière
Vincent Warnier vient d’enregistrer l’intégrale de l’oeuvre pour orgue de Maurice Duruflé (label Intrada) sur les grandes orgues de l’église Saint-Etienne-du Mont à Paris.
Ce disque, salué par la critique, est particulièrement réussi. Il nous permet de découvrir toute la part de mystère propre à l’écriture pour orgue de Maurice Duruflé. Dans un livret très pertinent, Vincent Warnier nous éclaire sur les influences diverses de ce compositeur (des structures harmoniques les plus anciennes issues du plein chant grégorien au style français du début du siècle dernier).
Les pièces composées sont indéniablement guidées par une certaine mystique mais elles ne sont pas pour autant austères ou exagérément codifiées. Elles sont au contraire assez expressives, même si on peut deviner, grâce à une interprétation très fine et dépouillée de Vincent Warnier, la personnalité attachante du compositeur et, notamment, une veine profondément humaniste.
Ce qui m’a le plus marqué à l’écoute des ces différentes pièces, c’est un mélange intéressant d’introspection, de pudeur, et, en même temps, de référence régulière à la lumière divine. Comme le souligne fort justement l’interprète, et on le ressent nettement, ce qui préside à ces créations pour orgue, est indéniablement une grande sincérité du propos du compositeur par rapport à ses angoisses et interrogations.
C’est très nettement perceptible dans la puissante et étrange Suite Opus 5 qui est, selon moi, la plus belle pièce de cet enregistrement. De la note continue inquiétante et morbide plaquée dès les premières mesures du prélude, en passant par les circonvolutions tourmentées de la Sicilienne, jusqu’à l’éclat de la Toccata, pourtant toujours sous le joug des affres des inquiétudes du compositeur, on traverse un dédale indéniablement tourmenté. C’est vraiment prodigieux.
J’ai également été particulièrement interpellé par le Prélude et Fugue sur le nom d’Alain, Opus 7 , avec ses sonorités singulières et le dialogue fébrile qu’il instaure entre les différentes voix des orgues. La Fugue est littéralement fascinante.
Ce disque, d’une richesse indéniable, demande une écoute attentive et disponible. Si l’on fait l’effort de recueillement et de concentration pour entrer dans chacune de ces oeuvres, de multiples facettes de nos interrogations les plus profondes se révèlent.
Détail du disque tiré du site du label Intrada.
Liens sur l’écoute de la Fugue du carillon des heures de la cathédrale de Soissons Opus 12 , via Real Player ou via le lecteur Windows Media tirés du site intrada.com.
Maurice Duruflé - Intégrale de l’oeuvre pour orgue - Vincent Warnier - Label Intrada.